Abri antiaérien à Palerme

« Qui pourrait imaginer que la fontaine Pretoria, sans doute l’un des monuments les plus photographiés de Palerme, trône au-dessus d’un véritable dédale souterrain datant de la Seconde Guerre mondiale ? Réalisé en 1554 par le sculpteur Francesco Camilliani et destiné à orner le jardin de Don Pedro de Tolède à Florence, ce chef-d’œuvre de la Renaissance fut vendu une vingtaine d’années plus tard au Sénat de Palerme. Il faudra attendre 1581 pour que le fils du sculpteur achève de recomposer la fontaine (démontée en 644 pièces et emballée dans 69 caisses !) pour l’adapter à son nouvel emplacement.

Près de quatre siècles plus tard, le 29 septembre 1942, l’abri antiaérien creusé sous la place, devant le palazzo Pretorio qui abrite la mairie, ouvrait ses portes. D’une superficie de 200 m2, il pouvait contenir jusqu’à 500 personnes, tandis que quelques mètres plus loin se trouvait un autre abri d’une capacité de 1 000 personnes. Au total, Palerme compte 1576 refuges de ce type, indiqués à la population sous le nom de « Ricovero » inscrit en lettres blanches sur une flèche bleue. Bien que passablement décolorées, nombre de ces inscriptions sont encore visibles aujourd’hui.

Palerme, en effet, fut lourdement bombardée par les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Ceux-ci voulaient frapper fort pour impressionner et décourager l’ennemi. La zone du port fut la plus touchée, des rues entières disparurent sous les décombres, ainsi qu’une bonne partie du patrimoine artistique (églises, palais et monuments). Il s’agissait de préparer le terrain pour le débarquement des troupes anglo-américaines en Sicile. Déclenchée le 10 juillet 1943, l’opération Husky (son nom de code) avait pour but d’ouvrir un front sud et de servir de tête de pont à partir de l’Afrique, récemment tombée aux mains des Alliés, vers l’Europe.

Longtemps, la ville a gardé les stigmates de la guerre, lui conférant un aspect délabré et misérable. Aujourd’hui encore, le promeneur attentif peut apercevoir sur les façades de certains immeubles les traces laissées par les balles et les éclats d’obus.

 
 
Dictionnaire insolite de la Sicile

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