Appel de Camilleri suite…

Le projet de prospection pétrolière pourrait reprendre dans le Val di Noto, alors que l’écrivain sicilien s’exprime sur la lutte contre le racket.

Andrea Camilleri, crédit photo : www.vigata.org

En Sicile, il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers. Certains d’entre vous se souviendront peut-être de l’appel lancé par l’écrivain Andrea Camilleri contre un projet de forages dans le Val di Noto déjà évoqué sur ce blog. Ce haut lieu du baroque sicilien, pourtant inscrit au patrimoine de l’humanité de l’Unesco était menacé, aussi aberrant que cela puisse paraître, par une vaste opération de prospection pétrolière dirigée par une compagnie américaine, la Panther Eureka. La mobilisation générale, voire internationale, avait fini par avoir raison du projet. Mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté et l’avidité des requins du pétrole. Car voilà que le Tribunal administratif de la région a validé fin août un recours présenté par la société américaine, qui pourrait ainsi commencer une partie des forages prévus, comme le raconte un article du quotidien italien la Repubblica. Les Verts ont immédiatement réagi, déclarant qu’ils n’hésiteraient pas à servir de bouclier aux engins, tandis que Salvatore Cuffaro, président de la Région, promet une procédure d’urgence pour enterrer définitivement le projet.

Par ailleurs, dans une interview accordée il y a quelques jours au Corriere della Sera, et citée dans une dépêche du Monde, Andrea Camilleri se déclarait favorable à l’envoi de l’armée en Sicile, notamment pour protéger les patrons siciliens qui refusent de payer le pizzo, l’impôt mafieux. Selon lui, en effet, la réaction de la mafia après la décision de la Confindustria sicilienne, le syndicat des patrons, de chasser de leurs rangs les chefs d’entreprise qui cèdent au racket, risque d’être particulièrement violente. « La mafia ne peut pas se permettre de laisser trop de gens leur dire non. Cela entraînerait sa propre ruine. Les réactions sont prévisibles. Les risques augmentent. Il faut s’attendre à quelque chose. Et donc intervenir sur-le-champ », estime l’écrivain sicilien. L’armée italienne était déjà intervenue en Sicile, en 1992, au lendemain des assassinats des juges Falcone et Borsellino par la mafia, dont on a célébré en mai dernier le quinzième anniversaire de leur disparition.

De plus, Camilleri est convaincu que l’on assiste à un « tournant » dans l’histoire de l’île. « Nombre sont ceux qui se rebellent face à la mafia (…). Ce que nous attendions depuis longtemps – que la société civile fasse entendre sa voix – est en train de se produire », note le père du commissaire Montalbano. Il a manifestement raison puisque lors d’un procès qui s’est tenu ces jours-ci à Palerme, comme l’indique la Repubblica, le patron d’une célèbre trattoria palermitaine, l’Antica Focacceria San Francesco, n’a pas hésité une seconde et a clairement identifié le mafieux qui était venu le racketter. Une petite révolution au pays de l’omertà.

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