De l’usage antidémocratique du telefonino

Aux dernières élections municipales, certains candidats peu scrupuleux ont acheté les voix d’électeurs défavorisés

Dimanche 13 et lundi 14 mai, 2 200 000 électeurs votaient en Sicile pour élire les maires et les conseillers municipaux dans 156 communes de l’île. Mais avant même de connaître les résultats, le nom d’un vainqueur s’était déjà imposé : le telefonino. Non, il ne s’agit pas de la dernière avancée technologique en matière de vote électronique, mais plutôt de la dernière combine de certains politiciens véreux, qui n’ont pas trouvé mieux, en effet, que d’acheter les voix des électeurs les plus démunis à grands renforts de téléphones portables, de promesses d’embauche ou de caisses entières de pâtes. Evidemment, en terre mafieuse, il n’était pas question de croire l’électeur sur parole. Il fallait quelque garantie. Et puisqu’on lui offrait un téléphone portable équipé d’un appareil photo, autant qu’il en fît bon usage sur-le-champ : il ne lui restait plus qu’à photographier la fiche électorale montrant qu’il avait « bien » voté (en Italie, il n’y a pas de bulletin de vote mais une fiche où figurent tous les noms des partis ou des candidats en lice que les électeurs désignent à l’aide d’une croix).

Quelques jours avant les élections, plusieurs témoignages avaient dénoncé cette pratique frauduleuse, comme le rapporte le quotidien la Repubblica. Aussi quand les présidents des bureaux de vote ont entendu un déclic en provenance de l’isoloir, les contrevenants ont aussitôt été signalés aux carabiniers. Les coupables risquent gros : une circulaire du ministère de l’Intérieur datant de mai 2003 prévoit une peine de 5 ans de prison ainsi qu’une amende salée. Cinq de ces photographes hors-la-loi ont ainsi été pris le doigt sur l’appareil dans les provinces de Palerme, Trapani et Messine. Leur vote a immédiatement été annulé. Les autorités n’ont pas révélé les noms des candidats en faveur desquels ils s’étaient prononcés. Mais les soupçons se portent tout naturellement sur des représentants de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi. Celui-là même qui, venu quelques jours plus tôt à Palerme soutenir son candidat, le maire sortant Diego Cammarata, n’a pas hésité à faire fermer la chapelle Palatine, joyau de l’art arabo-normand et haut lieu touristique, le temps de sa visite. Comme si le Cavaliere était encore au gouvernement et disposait des pouvoirs d’un chef d’Etat en visite officielle.

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