Halte au projet de forages dans le Val di Noto

Relayé par l’écrivain Andrea Camilleri, un puissant mouvement de protestation, baptisé No-Triv (de « trivella » qui signifie foreuse), s’organise en Italie et ailleurs pour sauver l’un des plus beaux fleurons du baroque sicilien.

Le 7 juin dernier, depuis la une du quotidien la Repubblica, l’écrivain Andrea Camilleri, père du célèbre commissaire Montalbano, lançait un vibrant appel contre le projet de forages pétroliers dans le Val di Noto. Une société américaine, Panther Eureka, a en effet reçu l’autorisation de prospecter dans la région à la recherche d’hydrocarbures. Une véritable aberration quand on sait que cette partie située dans le sud-est de l’île abrite de purs chefs-d’œuvre d’architecture baroque, inscrits notamment au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco.

L’affaire n’est pas prête de s’arrêter là, puisque la presse internationale a aussitôt entrepris de relayer l’appel de l’écrivain, comme le Times et le Guardian au Royaume-Uni. En France, Le Monde publie l’article de Camilleri (traduit par votre humble serviteuse !), tandis qu’en Italie, plus de 80 000 personnes ont signé la pétition en ligne sur le site de la Repubblica, qui consacre un dossier complet à l’affaire, à grands renforts de débat télévisé et documentaire diffusé sur la web tv du quotidien national. On y entend notamment une interview de l’écrivain sicilien qui condamne cette « sempiternelle invasion américaine » et invite à se mobiliser pour bouter les Texans (« non passeranno ! ») hors de ce petit paradis sicilien qui sert régulièrement de décor naturel à la série télé inspirée des aventures du commissaire Montalbano.

On risque fort d’entendre encore parler de l’affaire puisque le 18 juin prochain, le chef du gouvernement italien en personne, Romano Prodi, est attendu à Noto pour l’inauguration de la magnifique cathédrale effondrée en 1996, au terme de sept années de travaux pour un montant total de plus de 25 millions d’euros

Petite précision lexicale: contrairement à ce que l’on pourrait penser, le Val di Noto n’est pas une vallée, mais désigne une unité administrative de l’époque arabo-normande. Cette dénomination regroupe, en fait, huit villes (Modica, Noto, Palazzolo Acreide, Ragusa Ibla, Scicli, Catania, Caltagirone et Militello in Val di Catania) détruites par un terrible tremblement de terre en 1693 et entièrement reconstruites dans le style architectural de l’époque, le baroque tardif.

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