Mines de soufre à Floristella-Grottacalda

« Elles sortent peu à peu de l’oubli. Certaines sont réhabilitées et transformées en musée, comme celles de Floristella et Grottacalda, situées à une trentaine de kilomètres d’Enna, au centre de la Sicile. La plupart, du reste, se trouvent dans le triangle formé par les villes de Caltanissetta, Enna et Agrigente. Elles représentent une page peu glorieuse de l’histoire économique de l’île. Certes, elles ont fait la fortune de quelques « seigneurs du soufre », mais elles ont surtout laminé des vies entières, y compris celles des carusi, des enfants âgés de sept à quinze ans envoyés dans les profondeurs de la terre pour remonter à la surface les sacs de minerai chargés sur leurs épaules nues. Payés un salaire de misère, à peine nourris, ces enfants étaient pratiquement vendus par leurs parents aux picconieri qui extrayaient le soufre à coups de pioche. Ils devenaient chétifs et bossus, déformés à vie par leurs lourds fardeaux et les émanations toxiques… quand ils ne périssaient pas ensevelis dans la mine à la suite de quelque effondrement ou coup de grisou. Quant aux adultes, leur sort n’était guère plus enviable. L’écrivain sicilien Luigi Pirandello a parfaitement dépeint la détresse de ces mineurs dans sa nouvelle intitulée « Ciaula découvre la lune », écrite en 1907 (Nouvelles pour une année, éd. Gallimard).

Les mines ont prospéré tout au long du xixe siècle, le soufre sicilien étant exporté dans le monde entier, même s’il était déjà exploité dans l’Antiquité. Les dernières n’ont cessé leur activité que dans les années 1970. Aujourd’hui, quelques bonnes volontés s’efforcent de préserver ce patrimoine industriel à l’abandon. À ce titre, le parc minier de Floristella-Grottacalda constitue une belle réussite. Ce site, qui fut sans doute le plus important bassin minier de l’île, s’étend sur 400 hectares. Jadis brûlée par le soufre, la nature y a repris ses droits et c’est entouré d’une végétation luxuriante que le visiteur déambule parmi les entrées des galeries, les calcarones, les fours Gill, les puits et les wagonnets. La projection d’un documentaire permet, en outre, de se faire une idée précise de l’ancien fonctionnement de la mine et des conditions de travail des mineurs. »

 
 
Dictionnaire insolite de la Sicile
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