Palerme se pare d’un nouveau joyau

Premier musée inauguré depuis 1954, il Convento Sant’Anna devrait faire date dans l’histoire du patrimoine artistique de la ville.

L'église du couvent Sainte-Anne (détail de la façade baroque)
L’église du couvent Sainte-Anne (détail de la façade baroque)

La ville de Palerme compte un nouveau musée. Une véritable perle qui devrait rapidement figurer parmi les lieux les plus visités de la ville. Après plusieurs années de travaux, pour un montant total de 13 millions d’euros environ, le couvent de Sainte-Anne de la Miséricorde rouvrait ses portes au public en octobre 2005. Et pour inaugurer ce nouvel espace muséal de plus de 4700 mètres carrés, répartis sur 29 salles, on avait choisi de consacrer une vaste exposition à l’un des plus importants paysagistes siciliens, Francesco Lojacono, à cheval entre le XIXe et le XXe siècles. L’exposition s’est achevée le 29 janvier 2006 et a remporté un franc succès auprès du public avec plus de 37 000 de visiteurs.

Depuis décembre 2006, le nouveau musée abrite l’ensemble de la collection de la Galerie d’art moderne, logée « provisoirement » depuis près d’un siècle dans une partie du théâtre Politeama. Une collection constituée essentiellement de peintures et de sculptures figuratives de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle. Des œuvres d’art certainement admirables, mais elles le sont d’autant plus dans ce splendide écrin dont elles viennent d’hériter.

Situé dans le vieux quartier des Lattarini, du nom du marché des droguiers Sûq-el-attârin de l’époque arabe, le musée donne sur la place Croce dei Vespri, où résidait le très impopulaire Giovanni di Saint-Rémy, Grand Justicier du roi Charles d’Anjou. Lorsque Palerme s’insurgea contre la domination angevine en 1282, lors de l’épisode dit des Vêpres siciliennes, son palais fut assiégé par le peuple en colère et quelque 2000 français périrent massacrés. Aujourd’hui, une plaque commémore la révolte des Siciliens précisément sur l’un des murs du musée.

En réalité, celui-ci est formé de la réunion de deux édifices contigus, le palais Bonet bâti au XVe siècle et le couvent à proprement parler adossé à l’église baroque de Sainte-Anne dont la première pierre fut posée en 1606. De style gothique catalan, le palais du riche marchand Gaspare Bonet devint rapidement un modèle de référence pour la construction d’autres demeures nobiliaires de la ville, comme le palais Abatellis qui abrite aujourd’hui la Galerie régionale de Sicile ou encore le palais Ajutamicristo. A noter, les fenêtres géminées de l’étage noble ornées de fines colonnes en marbre de Carrare et le portique à trois arcs ogivaux soutenus par des piliers octogonaux, qui sont autant de caractéristiques du style gothique catalan.

Les travaux ont également réservé de bonnes surprises, puisque l’on a découvert des plafonds de bois peints a tempera, datant probablement du XVIe siècle, cachés sous des plafonds en voûte d’époques successives. Les deux édifices ont subi, en effet, de nombreuses transformations au fil des siècles. En 1618, les franciscains, à qui appartenait le couvent, ont racheté le palais Bonnet qu’ils ont profondément modifié pour l’adapter à la vie de la communauté religieuse. La tour d’origine est ainsi devenue campanile, un escalier monumental a été ajouté pour accéder à l’étage noble de l’édifice ecclésiastique tandis que le jardin intérieur cédait la place à un vaste cloître avec colonnes de marbre gris et arcades en plein cintre, où les travaux de restauration ont permis de mettre à jour des fresques avec motifs décoratifs en rocaille datant du milieu du XVIIIe siècle.

Mais la beauté du lieu ne tient pas seulement à son passé. En effet, l’équipe chargée de sa revalorisation ne s’est pas contentée de restaurer des monuments chargés d’histoire. Elle a aussi cherché à les inscrire dans la modernité en leur attribuant une fonction bien actuelle et intégrée dans la vie de la communauté. C’est là, d’ailleurs, ce qui caractérise l’approche italienne en matière de restauration de monuments anciens. La question est complexe, car les sites à forte valeur historique et artistique sont si nombreux en Italie que le pays, surtout en ces temps de restrictions budgétaires, aurait bien du mal à trouver les financements nécessaires à leur rénovation. Il s’agissait donc de trouver un juste équilibre entre les exigences de la conservation, dont le but est de sauvegarder et valoriser l’identité de l’édifice, et celles de la modernité, en procurant à celui-ci un usage qui lui donne la possibilité de continuer à exister.

Mission plus qu’accomplie avec ce musée du couvent Sainte-Anne. On a su non seulement respecter l’âme du lieu et mettre en valeur ses différents éléments architecturaux, mais on a également su lui insuffler une nouvelle vie en créant un espace muséal moderne, doté de toutes les installations nécessaires (espace consacré aux expositions temporaires et aux activités didactiques, librairie, cafétéria, etc.).

De plus, les architectes chargés de la restauration ont adopté un point de vue particulièrement original, auquel on n’est peu habitué en France : plutôt que de vouloir à tout prix reconstituer une peinture murale dans sa totalité, par exemple, on préfère en garder les parties les plus significatives ou les mieux conservées et de laisser le visiteur libre d’interpréter et d’imaginer le reste. On choisit de garder une trace de l’œuvre telle qu’elle était représentée à un moment donné de son histoire et de l’insérer parmi d’autres traces d’époques successives, en un mélange subtil de regards qui se superposent. Comme ce fragment de frise, datant du XVIIIe siècle, restauré et laissé là, trônant tout en haut d’un mur immaculé, à quelques centimètres d’un plafond de bois peint, venant souligner tel un point d’orgue les toiles de l’exposition.

Pas de doute, le couvent Saint-Anne est un bijou d’architecture retrouvée qui vient embellir une ville dont l’immense richesse historique et artistique ne cesse de nous surprendre.

Article paru sur le site Le Monde.fr

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