Quand les marionnettes siciliennes rencontrent l’opéra vénitien

Les pupi de Mimmo Cuticchio ont quitté leur île natale, le temps de quelques représentations à l’Athénée – Théâtre Louis Jouvet à Paris. Cette fois, il n’est pas question de raconter l’histoire des paladins de France, mais plutôt de jouer un opéra oublié du XVIIe siècle.

Crédit photo: Clémence Herout

Une fois n’est pas coutume, les pupi ont abandonné leur répertoire traditionnel relatant l’épopée des paladins de France, inspirée du poème épique La Jérusalem délivrée écrit par le Tasse en 1575 ou du Roland furieux de L’Arioste. Le marionnettiste Mimmo Cuticchio, l’un des rares maestri pupari encore en activité à Palerme, a en effet participé à la mise en scène de Caligula, un opéra joué récemment au théâtre de l’Athénée à Paris.

Cette oeuvre baroque, composée par Giovanni Maria Pagliardi et représentée pour la première fois en 1672 à Venise, avait connu un énorme succès en son temps, reprise un peu partout en Italie dans les années qui suivirent, avant de sombrer peu à peu dans l’oubli.

C’est Vincent Dumestre, fondateur et directeur artistique du Poème Harmonique, qui a eu la brillante idée de faire renaître cet opéra vénitien. On le connaissait déjà pour son superbe travail d’exploration de la musique baroque. Cette fois, il nous enchante en ressuscitant une forme artistique disparue: le mariage étonnant de l’opéra et du théâtre de marionnettes, une alliance très en vogue dans l’Italie de la fin du XVIIe siècle et qui perdurera jusqu’au début du XXe.

C’est donc tout naturellement que le musicien s’est tourné vers le célèbre et non moins brillant marionnettiste Mimmo Cuticchio, dont l’Opera dei pupi figure au patrimoine immatériel de l’humanité depuis 2008.

Le résultat est purement magique. Les « acteurs de bois » s’animent dans un décor de toiles peintes, tandis que les chanteurs, répartis à gauche et à droite de la scène éclairée à la lueur de bougies, interprètent leur partition, jouée par l’orchestre d’instruments d’époque dans la fosse. Avec ses boiseries d’or, la superbe salle à l’italienne du théâtre de l’Athénée, classée monument historique, ne fait qu’ajouter à l’atmosphère onirique qui gagne peu à peu les spectateurs, projetés le temps du spectacle dans un univers empreint d’une indicible poésie.

Mon conseil : si jamais ce petit bijou de spectacle, qui devrait poursuivre sa tournée en 2012-2013, passe du côté de chez vous, ne le manquez surtout pas!

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