Vin rare à Mozia

 

« C’est dans un paysage de rêve, entouré par les monticules de sel d’une blancheur aveuglante, les carrés d’eau des salines qui s’évaporent sous un soleil radieux et l’aile tutélaire de moulins à vent que murissent les raisins du vignoble de Mozia, entre Trapani et Marsala.

Dans la lagune du Stagnone, réserve naturelle peu connue des touristes mais très appréciée des oiseaux migrateurs, cet îlot d’une quarantaine d’hectares constitue une curiosité.

Les Phéniciens y établirent une colonie au viiie siècle avant notre ère. Celle-ci devint si prospère qu’elle s’attira les foudres du tyran grec Denys de Syracuse, qui la rasa entièrement en 397 av. J.-C.

Abandonnée, elle sombra dans l’oubli pour renaître au début du xxe siècle sous l’impulsion de Giuseppe Whitaker, riche homme d’affaires anglais établi en Sicile et féru d’archéologie. Joignant l’utile à l’agréable, il racheta l’îlot pour y mener librement ses campagnes de fouilles tout en poursuivant l’exploitation des vignes déjà présentes.

Aujourd’hui, la fondation qui porte son nom gère les visites de l’île et de son musée, tandis que Tasca d’Almerita, un des plus prestigieux producteurs de vin siciliens, s’occupe du vignoble de sept hectares encerclé par les ruines. Soucieux de préserver la tradition, le viticulteur a choisi de cultiver le cépage en gobelet, un mode de taille typique des vignobles méditerranéens tombé en désuétude car onéreux et pénible.

Les vendanges ont lieu à l’aube, lorsque les grains conservent encore toute la fraîcheur accumulée durant la nuit. Les grappes sont ensuite transportées en barques jusqu’à la terre ferme, d’où elles rejoignent le domaine de Regaleali de Tasca d’Almerita, près de Valledolmo à 125 kilomètres de là, pour leur vinification. »

 
 

Dictionnaire insolite de la Sicile

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